Au Caire, Amnesty International dénonce la torture
Le 15-04-2007 par Arnaud Saint Jean
En tournée au Caire, des responsables d’Amnesty International on présenté leur rapport sur les abus systématiques de la part des forces de sécurité et exprimé leur inquiétude face à la loi anti-terroriste en préparation.

Intitulé "Egypte : abus systématiques au nom de la sécurité", le rapport commence par le rappel du cas Emad al-Kabir, ce jeune chauffeur de taxi violé en prison par deux officiers de police et dont la vidéo fut diffusée sur Internet. "Ce qui est arrivé à Emad n’est en rien un cas isolé", affirme le rapport. "La torture et autres mauvais traitements sont systématiques dans les prisons égyptiennes, mais aussi dans les postes de police. Ce ne devrait pas être une surprise, le caractère systématique de la torture en Egypte ayant été souligné depuis plusieurs années par Amnesty International, le Comité des Nations Unies contre la torture et d’autres organisations." Cette introduction s'achève de façon grinçante : "Ce qui est inhabituel dans ce cas, c’est que les autorités ont pris des mesures contre ces actes."
Sur une quarantaine de pages, le rapport passe ensuite en revue les abus répertoriés en Egypte : tortures, arrestations arbitraires, disparitions et procès expéditifs. Les dernières pages du document sont consacrées, témoignages à l’appui, aux cas de transferts de ressortissants égyptiens, arrêtés à l’étranger et interrogés en Egypte. Cinq témoignages sont publiés, mais l’organisation laisse clairement entendre qu’il en existe d’autres, dont certains impliqueraient des enfants.
Montrez-nous qu’on a tort !
Dans un café de Zamalek, Hassiba Hadj Sahraoui découvre avec satisfaction que la presse parle du rapport. La directrice du programme Moyen Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International revient ensuite sur les critiques officielles, formulées la veille par le ministère égyptien des affaires étrangères : "Les autorités égyptiennes dénoncent de nombreuses erreurs dans notre rapport. J'ai envie de leur dire : "montrez-nous que nous avons tort!" S'ils arrivent à faire une loi qui respecte les droits humains, nous saluerons cette loi avec plaisir."
Plus tôt lors d’une conférence de presse, le message d’Amnesty International était délivré de façon claire : "La nouvelle loi anti-terrorisme ne doit pas accorder légitimité aux atteintes systématiques aux droits humains". Certainement pas encore finalisée et gardée secrète jusqu'ici, la teneur de cette nouvelle loi, décidée par la récente réforme constitutionnelle, préoccupe l’organisation. "Nous ne sommes pas convaincus que le droit pénal des Etats ne soit pas déjà adéquat pour traiter ces cas", explique Hassiba Hadj Sahraoui. En d'autres mots, Amnesty International estime que les lois anti-terroristes récemment adoptées dans de nombreux pays ne se justifient pas forcément et que le droit pénal existant pourrait être utilisé. "Et puis il faut réfléchir aux modèles choisis" rajoute-t-elle "copier le patriot act américain a-t-il un sens?"
TOUT SAVOIR
- Le rapport d'Amnesty International (en anglais)
- Le site d'Amnesty International
Note : La photo publiée dans cet article est une capture d'écran d'une vidéo montrant les sévices subis par Emad Al-Kebir et qui circule sur le net. Cette vidéo aurait été réalisée par un officier de police, avec son téléphone portable. L'officier en question est en cours de jugement.

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