Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


D'un village l'autre

Le 08-04-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Sur la rive ouest de Louxor, le village de Gurna est construit sur l’un des plus riches site archéologiques de la région. Depuis 2004, un vaste plan prévoit la relocalisation de ses habitants et la destruction des maisons. Reportage.

habitante de gurna, photo GD

Said Rafah Youssef se tient debout parmi les gravats. Sa voix est couverte par le grondement d’un bulldozer qui s’éloigne lentement. Une maison de son village a été détruite, la veille, la machine est venue déblayer le tas de briques crues. Said Rafah regarde le spectacle.
Longue galabeya et turban immaculé, peau sombre et regard fier, il est un des derniers habitants de Gurna, ce village posé sur un immense complexe de tombes pharaoniques, sur la rive ouest de Louxor. Lui aussi devra un jour finir par quitter la grande maison de briques crues badigeonnées de bleu, qui se dresse derrière lui.
"Je ne veux pas la quitter", explique Said Rafah. "Elle nous appartient depuis mon grand père." Agé de soixante dix ans, Said Rafah est un sculpteur d’albâtre. Comme la grande majorité des habitants de Gurna il vit du tourisme. Il craint de perdre son emploi en quittant le village.
Il devra pourtant bien s’y résoudre. Depuis 2004, le gouvernorat de Louxor a décidé de vider de ses habitants, puis de raser le village de Gurna. Une vaste opération partie de l’impulsion du président Hosni Moubarak et menée sous la houlette de l’énergique gouverneur Samir Farag.
Elle se déroule maison après maison, sans expulsion forcée. Elle permettra de laisser les coudées franches aux archéologues et aux cars de touristes. "Ce sera la deuxième plus grosse opération  d’émigration en Egypte après celle du peuple Nubien d’Assouan", explique le gouvernorat de Louxor. 3200 familles sont concernées.
La création d’un village sur ces tombes pharaoniques remonte à des origines indéterminées. D’après le gouvernorat de Louxor, "les premières installations dans cette zone remontent à 1850, quand les gens quittaient l’injuste colonisation française durant la campagne française." Une thèse qui aurait éventuellement été recevable si l’expédition d’Egypte de Napoléon Bonaparte n’avait pas eu lieu entre 1798 et 1801.
Quelques taxis collectifs relient l’ancienne à la nouvelle Gurna. Dix minutes de route, le vieux pick-up toussote entre les cars de touristes, toujours eux, qui filent vers la gauche et la vallée des rois.
Gurna el Gedida compte actuellement 750 maisons d’un étage. Couvertes d’un enduit beige, coquettement bordées de blanc, perdues dans le désert. Le plan d’urbanisation prévoit deux écoles, un jardin pour enfants. Les travaux sont en cours. En attendant le "grand marché civilisé et le jardin d’enfant" qui "aideront à compléter l’apparence civilisée de la ville", les habitants ont improvisé une épicerie.


Commentaires

Wissam

On aurait aimé voir des photos de la nouvelle ville d'El Gorna. 1 image vaut 1000 mots ! très bon article, bon courage l'équipe.

josiane !

oui des photos du nouveau gurna ? et aussi des travaux du coté de karnak ! bonne continuation


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