Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Les réformes constitutionnelles devant le peuple

Le 25-03-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Mercredi dernier à peine deux jours après la ratification au parlement égyptien d’une série de 34 amendements constitutionnels, le président Moubarak a créé la surprise en décrétant que le peuple se prononcerait lundi 26 mars par referendum.

Les partis politiques égyptiens disposent de cinq jours pour mobiliser une population très désabusée par la vie politique égyptienne. Cinq petits jours que les Frères Musulmans tentent de mettre à profit en appelant à voter non.
Il faut dire que l’organisation, toujours interdite et mal tolérée ces derniers temps par le régime, est directement visée par les réformes constitutionnelles. Un des amendements exclu en effet la création de partis sur des fondements religieux. Un message direct pour les frères qui ont pour slogan : "Le coran est notre constitution".
Au-delà des Frères Musulmans, c’est l’ensemble de l’opposition égyptienne qui s’en est pris ces derniers jours à ce qu’elle considère comme un nouveau tour de vis du régime. Le parti Al Ghad, dont le leader Ayman Nour est toujours derrière les barreaux, appelle les égyptiens à boycotter le scrutin. "Nous ne voulons pas que les bulletins "non" soient transformés en "oui" après le vote", explique Gamila Ismail, vice-présidente du Ghad et femme d’Ayman Nour, à Alif.

Parmi les 34 amendements constitutionnels les plus critiqués, on retiendra celui prévoyant que la loi d’urgence, renouvelée tous les trois ans depuis l’assassinat du président Sadate, en 1981, soit remplacée par une nouvelle loi antiterroriste. Une loi en vertu de laquelle le président peut envoyer "tout crime terroriste devant toute autorité judiciaire prévue par la constitution ou la loi". L’opposition estime que cette disposition permettra au gouvernement d’envoyer des suspects devant des tribunaux militaires, dont les décisions ne sont pas soumises à appel.
Autre amendement controversé, celui qui prévoit que désormais c’est une commission électorale indépendante qui sera chargée de surveiller les élections. Au lieu des magistrats, qui n’avaient pas hésité à critiquer les conditions dans lesquelles s’était déroulé le vote lors des élections présidentielles de 2005.
Quant aux futures élections présidentielles, ne pourront y participer que les candidats issus de parti officiellement reconnus et disposant d’au moins 3% des sièges au Parlement. Une disposition qui vise encore les Frères Musulmans, mais qui est également critiquée par les autres partis de l’opposition. Gamila Ismail, du Ghad, y voit un verrouillage supplémentaire du régime. "Tout est fait pour préparer l’arrivée au pouvoir de Gamal Moubarak".

Pour l’organisation non gouvernementale Amnesty International, ces réformes représentent "la plus grave atteinte aux droits de l’Homme depuis 26 ans" en Egypte.


Commentaires

Nicoducaire

Les Freres Musulmans, comme les autres partis d'opposition, ont appelé à boycotter le référendum, et à participer au sit-in organisé le dimanche 25 mars sur la place Tahrir. (voir notamment http://www.ikhwanweb.com) Pour ce qui est de la référence religieuse, le Parti National (Démocrate) de Moubarak fait également référence à la religion dans ses statuts. D'ailleurs, l'article 2 de la constitution égyptienne, qui, lui, ne sera pas réformé, déclare la sharia (loi islamique) "base de la constitution égyptienne", la différence avec le slogan des FM est quand même assez limitée...


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