Désormais, l'emprisonnement de bloggers existe
Le 25-02-2007 par Arnaud Saint Jean
Le blogger Kareem Amer a été condamné à quatre ans de prison par un tribunal d’Alexandrie. C’est la première fois qu’en Egypte un blogger est officiellement condamné pour ses prises de positions.
Les peines encourues étaient connues et le verdict redouté. Mais beaucoup espéraient encore que le cas de Kareem Amer ne créerait pas ce précédent d’un blogger emprisonné pour ses écrits. Vendredi dernier, en prononçant une peine de quatre ans d’emprisonnement, le tribunal d’Alexandrie a franchi cette ligne. Selon des reporters cités par l’organisation Human Rights Watch, la séance n’a duré que cinq minutes, le juge Ayman al-Akazi suivant le réquisitoire de l’avocat de l’accusation, Mohamed Dawoud, qui avait réclamé "une peine maximale pour celui qui a insulté Dieu, son prophète et le Coran".
Reconnu coupable d’ "insulte à Islam et de diffamation à l‘encontre du président de la République", Kareem Amer paie pour huit articles publiés sur son blog, dans lesquels il critiquait ouvertement les responsables de l'unversité El Azhar et comparait Hosni Moubarak à un pharaon. “Cette sentence crée un précédent glacial, dans un pays où les blogs avaient ouvert une fenêtre pour la liberté d’expression”, déplore Sarah Leah Whitson, directrice de la section Proche Orient de Human Rights Watch (HRW), qui condamne vivement la sentence et s’en prend directement au gouvernement : "le gouvernement égyptien doit prendre ses responsabilités, respecter ses engagements en faveur de la liberté d’expression et libérer immédiatement Kareem Amer ».
Réformer la loi Dans un communiqué, HRW énumère les articles du Code Pénal égyptien à partir desquels la condamnation a pu être prononcée et explique que "cette condamnation s’appuie sur des lois qui contredisent la liberté d’expression telle que définie par la communauté internationale." Le dilemme est ainsi souligné : quoique discutable en termes de normes internationales, la condamnation de Kareem Amer trouve ses justifications dans la loi égyptienne. Conscientes de cet obstacle, plusieurs organisations de défense des Droits de l’Homme ont préféré communiquer sur les réformes nécessaires.
Au lendemain du verdict, le Comité pour la Protection des Journalistes, basé à New York, rappelait même le président Moubarak à ses engagements : "pour mémoire, Moubarak n’a pas respecté son engagement publique de 2004, quand il avait promis (directement, par téléphone, au directeur du Syndicat des Journalistes. NDLR) qu’il mettrait fin aux peines de prison contre les journalistes.” L’organisation appuie son propos en citant un rapport de l’Organisation égyptienne des Droits de l’Homme, qui a recensé 85 procédures judiciaires à l’encontre de journalistes, entre février 2004 et juillet 2006.
Bizarrement, le blog incriminé est toujours en ligne. Dans les commentaires de la dernière note, datée d'octobre dernier, on peut lire des centaines de messages de soutien datés, eux, des trois derniers jours.
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TOUT SAVOIR - RSF, HRW et le Comité pour la Protection des Journalistes prennent position. Le blog de Kareem Amer est toujours en ligne.

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