Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Les deux visages de la maison Harawi

Le 18-02-2007 par Arnaud Saint Jean

Visite de la maison Harawi, dans le Caire fatimide. Monument historique et école de musique, ou la rencontre réussie entre restauration et formation.

Derrière la mosquée El Azhar, là où commence le dédalle des rues qui traversent le Caire fatimide jusqu’à la citadelle, il est une maison qui se visite avec les oreilles. Une vieille demeure de style islamique, sauvée des outrages du temps et de l’oubli. Une maison qui fait de la musique. Bâtie en plusieurs fois, entre le 17ème et le 19ème siècle, la maison Harawi porte le nom de son dernier propriétaire, un riche médecin qui abandonna les lieux en 1920.

Sauvée du temps Un abandon qui aurait pu signer la fin des lieux, à l’image de ces centaines de demeures de style islamique que le Caire n’a su conserver au fil du temps. Sur les 600 monuments "dignes d’intérêt" recensés par l’équipe scientifique de l’expédition napoléonienne à la fin du 18ème siècle, il n’en reste qu’une trentaine. En 1986, un projet franco-égyptien décide de sauver ce qui peut encore l’être : la maison Harawi sera la première à être restaurée, elle servira de modèle.

Porte secrète Dans la journée, la maison Harawi est un délice pour les yeux : grâce à une politique de restauration basée sur la fidélité des techniques et matériaux de l’époque, le retour en arrière est garanti. Derrière la beauté de certains plafonds ornés et des moucharabiehs sculptés, c’est l’ingéniosité de la maison qui surprend. Dans les murs, des planches de bois incrustés étaient là pour amortir les secousses d’un tremblement de terre. Dans le plafond haut de la salle de réception, un astucieux système de fenêtres permettait d’ "emprisonner" le vent, pour aérer l’endroit. Quant aux visiteurs qui découvriront la porte secrète cachée dans un mur, ils pourront s’imaginer échapper ainsi aux troupes ottomanes venues les déloger…Oud (photo A.SJ)

Des notes sur la pierre Le jour éteint, les virtuoses s’emparent des murs et transforment la vieille maison en école de musique mondialement reconnue. Confiée en 1998 à Nasser Shamma, virtuose iraquien considéré comme le plus grand joueur de oud actuel, l’école de la maison Harawi forme peu d’artistes, une trentaine à peine. Peut-être parce que les techniques d’apprentissage très particulières ne permettraient pas d’en gérer davantage : ici, pas de salles de cours ni de tableaux. Instrument en bandoulière, professeurs et élèves se retrouvent au hasard des couloirs sombres. Là, une leçon en tête à tête, à l’abri d’une alcôve ; plus loin, un soliste qui révise ses gammes adossé à la pierre. Une apparente anarchie qui a ses règles, dont celle de l’auto apprentissage : les yeux rivés sur les doigts de son professeur, l’élève donne d’abord dans le mimétisme. Les meilleurs deviendront professeurs à leur tour.

Visiter l’école de oud de la maison Harawi, c’est s'égarer dans ses alambiques tamisés et laisser les notes guider ses pas. Avec les jeux d’échos portés par la pierre, mieux vaut aimer se perdre.
Avec le temps et le succès, le oud a fait un peu de place à d’autres instruments, comme le qanoun et la flûte. Chaque lundi, l’espace est ouvert et des concerts sont fréquemment organisés. Les prochains auront lieu les 23 et 26 février prochain.

ECOUTER - La maison Harawi, comme si vous y étiez...

SUR LE MEME SUJET - Bernard Maury, passion restauration

L’architecture islamique pour les nuls

Pour les néophytes et les curieux, petite liste d’indices permettant de reconnaître – presque à coup sûr – une demeure d’architecture islamique.

- Résolument introvertie, la propriété se replie sur elle-même, autour d’une cour intérieure toujours invisible depuis la rue. Un couloir coudé à partir du portail permet l’intimité et seuls quelques moucharabiehs en bois s’offrent aux regards extérieurs.
- La cour intérieure est généralement équipée d’une fontaine et d’un préau (le takhtabosh) pour s’abriter.
- Une fois rentré dans l’enceinte, la distinction hommes-femmes est bien marquée : à chacun ses quartiers, agencés plus ou moins de la même façon.

- Une salle de réception divisée en trois parties permet d’accueillir les invités : l’espace central peut servir de lieu d’attente et de chaque côté, un petit salon (iwan) surélevé sert aux entretiens privés.
- A l’étage, le salon d’été réservé aux hommes (le maqad) est ouvert et donne sur la cour intérieure. Ce lieu de détente et d’observation est orienté au nord, pour plus de fraîcheur.
- Les installations sanitaires sont très sophistiquées, équipées de toilettes à la turque possédant un vrai système d’évacuation.


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