Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Le Sinaï, Corse de l’Egypte ?

Le 11-02-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Paradis touristique et cible d’attentats terroristes à répétition, le Sinaï fait l’objet d’une étude récemment publiée par l’International Crisis Group. L’organisation non gouvernementale y dresse le portrait d’une région périphérique, mal intégrée et sous tension.

sinaï photo GD"Le Sept octobre 2004, trois bombes explosaient à Taba, ras Al-Shaytan et Noueiba : trois stations balnéaires proches de la frontière avec Israël, faisant trois morts. Le 23 juillet 2005, Charm el Cheikh était attaqué et près de 70 personnes mourraient, parmi lesquelles une majorité d’Egyptiens. Le 14 août 2005, deux bombes…" C’est sur ces observations que débute le rapport de l’International Crisis Group (ICG), publié le 30 janvier dernier et consacré à la "question du Sinaï". Une énumération qui se poursuit jusqu’aux derniers attentats à Dahab en avril 2006 (19 morts) et qui conduit à un bilan évident : "après une période de calme de sept ans, le terrorisme a refait son apparition en Egypte".

Une région "remarquablement peu connue"
Moins évidentes sont les causes qui ont conduit à la reprise des attentats terroristes dans cette région d’Egypte épargnée par la vague de violence terroriste des années quatre-vingt-dix. En une trentaine de pages, l’ICG, ONG indépendante, dresse le portrait d’une région et de populations "remarquablement peu connues".

Les tentacules d’Al Qaeda, ou les sirènes du séparatisme ?
Qu’est ce qui a motivé ces attaques ? Sont-elles liées au terrorisme islamiste ou plutôt l’expression de "sentiments séparatistes" parmi les habitants du Sinaï ? L’ICG ne répond pas vraiment à ces questions, mais souligne le manque de transparence des enquêtes policières et rappelle la vitesse avec laquelle certains terroristes présumés ont été éliminés par les forces de police. C’est le cas de Khalid Al Masa’id, un dentiste d’Al Arish, une ville du Nord du Sinaï, suspecté d’être responsable des attentats de Charm el Cheikh (août 2005), abattu par la police en septembre suivant.

Qui est qui ?
Surtout, le document fait la lumière sur le puzzle culturel et ethnique qui compose cette région grande comme deux fois la Bretagne (61 000 kilomètres carrés). Il y a les Bédouins, qui comptent une quinzaine de tribus. Ils sont répartis sur l’ensemble du Sinaï. Ce sont les grands oubliés, ceux qui profitent le moins du développement touristique des villes du sud Sinaï. Ils seraient environ 360 000.
Il y a aussi les Palestiniens, près de 70 000 personnes. Ils sont présents surtout dans le Nord Sinaï et entretiennent des liens culturels et sociaux assez proches avec leurs cousins de l’autre côté de la frontière israélienne.
Les Egyptiens "de la vallée du Nil" sont arrivés après 1982, quand l’Egypte a repris le contrôle de la région. Implantés dans le cadre de programme de repopulation, ils seraient pour le gouvernement "un moyen de contrôler (…) la péninsule".

Des bosniaques à Al Arish
Plus inattendue, une petite communauté installée à Al Arish, une ville du Nord-Sinaï, revendique ses lointaines origines bosniaques.
Et finalement c’est le tableau d’une mosaïque culturelle et ethnique, mal intégrée au reste du pays qui ressort du document. Une région dont beaucoup d'habitants  (les Bédouins) vivent la présence égyptienne comme une colonisation et pour qui la nationalité égyptienne vient bien après la religion ou l’appartenance tribale ou culturelle.

De ces observations, l’ICG tire cinq recommandations adressées au gouvernement égyptien. Parmi lesquelles :
-préparer un plan de développement économique incluant tous les habitants de la région.
-faire participer les communautés traditionnelles aux prises de décision.
-reconnaître la spécificité culturelle du Sinaï et en assurer la protection.
Programme que le gouvernement égyptien, tout à sa volonté d’unifier le Sinaï au reste du pays, semble loin de vouloir appliquer.

Un peu d’histoire

-1869 : inauguration du Canal de Suez. Le Sinaï est au centre des manœuvres européennes pour le contrôle de la région.
-1906 : la Grande-Bretagne obtient le rattachement du Sinaï à l’Egypte, alors sous son mandat. La péninsule est administrée par l’armée britannique.
-1949-1967 : la zone est administrée par l’armée égyptienne.
-1967-1982 : Israël occupe le Sinaï.
-1982 : la péninsule revient dans le giron égyptien. Le Sinaï est divisé en trois zones. Les deux zones les plus à l’Est sont démilitarisées.
-2005 : les troupes israéliennes se retirent de la frontière avec Gaza. L’armée égyptienne en assure le contrôle.


Poster un commentaire

Envoyer cet article par email

Aujourd'hui,
1 Dollar vaut 5.92 EGP
1 Euro vaut 7.60 EGP

Click for Cairo, Egypt Forecast

Brèves   rss

Revue de Presse

A quoi joue le Hamas?

En boycottant le dialogue interpalestinien qui devait se tenir au Caire et en maintenant la confusion sur ses motivations, le Hamas s'attire de plus en plus les critiques de la presse arabe.

Lire la suite...