Kareem Amer, blogger sur la sellette
Le 04-02-2007 par Arnaud Saint Jean
Le 22 février à Alexandrie sera rendu le verdict du jugement de Kareem Amer. Accusé de diffamation et d’insulte envers l’Islam, ce blogger de 22 ans risque jusqu’à neuf ans d’emprisonnement.
Le 6 novembre dernier, Abdel Kareem Nabil Suleiman était arrêté à Alexandrie. Coupable d’exprimer ses opinions, ce blogger plus connu sous le nom de Kareem Amer est emprisonné depuis, en attente de son jugement, dont le verdict devrait tomber le 22 février. Accusé d’avoir publié des articles insultants envers l’islam, il devra répondre d’ "incitation à la haine envers les musulmans, diffamation à l’encontre du chef de l’Etat et insulte à l’islam"
Il faut dire que le jeune homme n’a jamais vraiment cherché à se cacher. Sur la page de son blog, dans la rubrique "profil", Kareem Amer se présente de façon très claire : "J'étudie le droit à l'université d'El Azhar et j'ai hâte d'ouvrir mon propre cabinet d'activistes des Droits de l'Homme, avec d'autres avocats qui partagent les même opinions. Notre premier objectif est de défendre les droits des femmes arabes et musulmanes contre toutes les formes de discriminations commises dans ces pays."
Honte pour la justice égyptienne
Surfant sur l’ouverture de la toile égyptienne à l’activisme politique, ce jeune homme de 22 ans n’est pas un inconnu pour les services de sécurité. En 2005, suite à ses articles sur les affrontements interconfessionnels d’Alexandrie, il avait été détenu une douzaine de jours. L’année suivante, il était renvoyé de l’université d’El Azhar, accusé de "blasphème". Cette fois, Kareem risque gros. Autour de son cas, de nombreuses associations des Droits de l’Homme appellent à la mobilisation. Dans une lettre adressée le 22 janvier au ministre de la Justice égyptien, les organisations Reporters sans frontières et Arabic Network for Human Rights soulignent que "la liberté de ton d’Abdel Kareem Nabil Suleiman peut déplaire et il doit assumer la responsabilité de ses propos, mais il ne représente aucun danger pour la sécurité nationale. Sa condamnation à une peine de prison serait une honte pour la justice égyptienne et ternirait l’image de votre pays."
Lors de son réquisitoire, l’avocat Mohamed Dawoud avait réclamé "une peine maximale pour celui qui a insulté Dieu, son prophète et le Coran". Kareem Amer plaide non coupable et continue à clamer à son innocence : "J’ai simplement exprimé mon opinion. Je n’avais pas l’intention d’insulter l’islam ou le président Moubarak". Ses avocats, eux, jouent la carte du flou juridique, soulignant que les délits liés à Internet ne figurent pas dans le code pénal égyptien.
En novembre dernier, Reporters Sans Frontières publiait sa "liste des 13 pays ennemis d’Internet" (voir notre encadré). Le verdict du 22 février pourrait bien justifier encore un peu plus cette triste réalité.
TOUT SAVOIR
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Une sinistre habitude
Le cas de Kareem Amer n'est pas une première en Egypte. Ces dernières années, jouissant d'un élargissement de blogosphère égyptienne, de nombreux internautes ont payé leur liberté de ton. Une situation qui a amené l'organiation Reporters Sans Frontières à inclure l'Egypte à sa liste des "pays ennemis d'Internet". En voici l'extrait concernant la situation en Egypte :
Mis à part quelques sites liés aux mouvements religieux des Frères Musulmans, l’Egypte filtre peu le Réseau. Le Président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, fait toutefois preuve d’un autoritarisme particulièrement inquiétant en matière d’Internet. Trois blogueurs ont été arrêtés en juin 2006, et emprisonnés pendant près de deux mois, pour s’être exprimés en faveur de réformes démocratiques dans le pays. D’autres sont victimes de harcèlement, comme la blogueuse copte Hala Helmi Botros, forcée en août de fermer sa publication sous la pression de la police. Enfin, une cour administrative du Conseil d’Etat a récemment décidé que les autorités pouvaient bloquer, suspendre ou fermer tout site Internet susceptible de représenter une menace pour la "sécurité nationale". Une position inquiétante qui pourrait ouvrir la voie à une censure abusive de la toile.
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