Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Bernard Maury, passion restauration

Le 28-01-2007 par Arnaud Saint Jean

Depuis 40 ans Bernard Maury œuvre pour la restauration des vieilles demeures islamiques du Caire. Entre technique et histoire, précision et passion.

Bernard MauryLa superbe maison Harawi, derrière la mosquée El Azhar, c’est lui. La restauration d’une des dernières perles de l’architecture islamique et sa reconversion en école de oud, c’est son boulot, sa passion. Pensionnaire de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO), Bernard Maury n’a eu de cesse, depuis 40 ans, de plaider sa conception de la rénovation.

Question de principes Cette maison Harawi, dont il a supervisé les travaux, commencés en 1986, vient illustrer ses principes.  "Restaurer, ce n’est pas reconstruire. C’est un peu comme s’occuper d’une personne âgée : on peut la soigner, la maintenir en bonne forme, mais hors de question de la ressusciter !" Mais pas question non plus de limiter la restauration aux seules pierres. Parce qu’une maison n’est rien sans vie, parce que "restaurer une maison pour ensuite fermer ses portes, ça n’a pas de sens". D’où l’idée d’une école de oud, pour refaire vibrer les murs de la demeure revigorée. D’où cet autre projet, pour la maison Sennari, qu’il a restaurée dans le quartier de Sayeda Zeynab : Bernard Maury aimerait en faire une école de la pierre, où les techniques d’ornementation de l’époque seraient enseignées. Les oeuvres y seraient ensuite exposées au public.

Si le conditionnel est de mise, c’est que Bernard Maury connaît bien les autres difficultés de son travail. La restauration coûte cher, il faut convaincre les autorités, convoquer les mécènes. Et une fois les crédits assurés, encore faut-il concrétiser ses objectifs. Obsédé par le respect des techniques de l’époque,  hors de question de ne pas faire comme avant. "Ce qui est intéressant, c’est d’avoir réussi à former une quinzaine d’ouvriers égyptiens aux anciennes techniques, du travail du bois à la taille de la pierre. Par exemple, dans la construction des murs, j’ai voulu fuir le ciment pour retourner à la chaux originale". Quitte à faire la grève pour se faire entendre : à l’époque de la restauration de la maison Harawi, il n’hésite pas à tout arrêter pendant six mois, avant d’obtenir enfin la chaux qu’il réclame.  Depuis, même le Service des Antiquités s’y est mis. "Voilà le genre de victoire qui fait plaisir. Parce qu’elle influe directement sur la façon de penser la restauration."

Passion restauration 

Course contre la montre Cette obstination, Bernard Maury la puise sans doute dans cette course engagée contre le temps : au début du XXème siècle, l’armée de savants débarquée avec Napoléon recensa 600 bâtiments à l’architecture islamique digne d’intérêt. Un siècle plus tard, quand un architecte français revint sur les lieux, il n’en restait déjà plus que 70. Grâce à son travail, une trentaine de palais et de demeures bourgeoises datant des époques mameloukes et ottomanes ont pu être sauvées. "Faute de moyens et surtout de temps, nous n’avons pas pu nous intéresser aux habitations plus modestes. Aujourd’hui, il n’en reste que très peu." Pionnier en la matière, Bernard Maury peut se réjouir du nouvel intérêt porté par les Autorités égyptiennes à la conservation du patrimoine architectural. Un réveil qui n’est pas étranger à la prise de conscience de ce qu’une telle manne touristique peut représenter. Les chantiers de restaurations poussent donc un peu partout, déclenchant ce petit bémol : "J’en suis ravi, bien sur… mais si c’est bien fait !"

Illustration de l’actuelle frénésie de chantiers, l’axe Bab el Futuh – Bab el Zweila dans le Caire historique, la "rue de l’or", comme il l’appelle. "L’accent est mis sur cet axe touristique, que les autorités aimeraient bien transformer en musée à ciel ouvert. Remplacer les habitants et les petits artisans par des boutiques, et ensuite ? Les monuments ne sont pas seuls à faire le charme de l’endroit. Son attrait, c’est aussi la vie quotidienne qui l’anime. Si cette animation devait disparaître, les touristes individuels, ceux qui voyagent en dehors des circuits organisés,  ceux-là ne viendraient plus, ce serait une catastrophe."


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