Mohamed Morsy : "Les Frères Musulmans désirent un parti politique légal"
Le 22-01-2007 par Guillaume de Dieuleveult
Comme annoncé dimanche 21 janvier, Alif a rencontré Mohamed Morsy. Le responsable des affaires politiques au sein du "Conseil de la Guidance", l’instance suprême des Frères Musulmans.

Les Frères Musulmans veulent-ils créer un parti politique en Egypte ?
Mohamed Morsy : Oui. Les Frères Musulmans désirent profondément un parti politique légal pour encadrer leurs activités politiques. Nous avons cette volonté depuis près de trente ans. Mais tout le monde en Egypte sait bien qu’il est très difficile d’obtenir une autorisation du Comité des Partis : cette organisation est composée de membre du PND (Parti National Démocratique, au pouvoir, NDLR), qui ne veulent pas ouvrir la voie à leurs opposants, soient-ils Frères Musulmans ou non. Voilà le climat : un environnement politique qui rend absurde toute velléité de création de nouveau parti politique en Egypte.
Pourtant vous avez déclaré à la presse que vous vouliez créer un parti politique ?
Mohamed Morsy : N’a-t’on pas le droit de s’exprimer ? Nous avons fait part de notre volonté, qui est très forte et depuis bien longtemps. Seulement les Frères Musulmans sont un mouvement responsable et nous n’allons pas annoncer la création d’un parti politique s’il n’a pas d’existence réelle : nous ne sommes pas un mouvement d’étudiants. Nous devons donc attendre que la situation évolue favorablement pour nous. Si c’est le cas, croyez-moi, nous créerons un parti politique dans les 24 heures. Nous sommes prêts.
Qu’est ce que cela changera de créer un parti politique ?
Mohamed Morsy : Voyez vous, tous les pays du monde ont leur propre idéologie. En France par exemple, il y a une idéologie qui guide l’organisation politique et sociale du pays. Eh bien si en Egypte le peuple désire être régi en application des principes islamiques, c’est son droit. Nous voulons que le peuple égyptien puisse choisir librement qui le dirige.
Hassan Al Bannah, le créateur des Frères Musulmans, ne voulait pas que son mouvement devienne un parti politique. Comment justifier ce changement de cap par rapport à l’idéologie de votre fondateur ?
Mohamed Morsy : En 1928, quand Hassan Al Bannah a créé les Frères Musulmans, il a expliqué que la situation du pays rendait inappropriée l’organisation d’un parti politique. C’est pourquoi il a fait passer le travail social avant l’action politique. Mais depuis une trentaine d’années les choses ont changé. Il y a maintenant 88 députés Frères Musulmans à la Chambre. Le pouvoir les traite comme des indépendants. Mais nous avons pris du poids, il est nécessaire que nous disposions d’une organisation.
Mohamed Habib, un membre des Frères Musulmans, a récemment déclaré que les coptes devraient payer un impôt supplémentaire si vous arriviez au pouvoir. Il a ensuite été contredit par Mahdi Akef, le guide suprême de votre organisation. Quelle est véritablement votre intention ?
Mohamed Morsy : Nous voulons un état islamique, pas une théocratie. Ce que disent les Frères Musulmans, c’est ce que dit l’Islam. L’Islam a une position très claire envers les non musulmans : ce sont des citoyens qui ont les mêmes droits et les mêmes obligations que les musulmans. L’information que vous avez lue a été donnée par une journaliste du quotidien Nahdet Masr. Elle a commis une erreur en insistant pour mettre ces paroles faussées dans la bouche de Mohamed Habib.
L’histoire a connu des époques où les Chrétiens en terre d’Islam devaient payer un impôt supplémentaire. Pourquoi ne pas craindre que cette situation se renouvelle ?
Mohamed Morsy : Dans les Etats islamiques, il y a des citoyens à part entière, quelle que soit leur religion. Il est arrivé dans le passé que les chrétiens payent les musulmans pour qu’ils les défendent. Mais aujourd’hui les choses ont changé, la situation a évolué. Les non musulmans ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que les musulmans. Ce sont tous des citoyens dans la société, avec tout ce que cela implique.
Les déclarations contradictoires des Frères Musulmans (publié le 21/01/07)
Le guide suprême de la confrérie a annoncé la semaine dernière sa volonté de se constituer en Parti Politique. Avant de se rétracter. L’organisation toujours interdite en Egypte entend-elle démontrer sa capacité à jouer le jeu démocratique ? Le pouvoir égyptien ne compte pas modifier la ligne dure qu’il a adoptée contre l’organisation.
"Un parti civil, conservateur de référence islamique. (Qui) ne se limitera pas aux Frères Musulmans mais acceptera des membres de toutes les tendances, y compris les coptes", c’est ainsi que Mahdi Akef, l’actuel guide de la confrérie a définit la semaine dernière le parti que son mouvement entend créer. "Les grandes lignes seront rendues publiques dans un mois."
Envie de gagner une légitimité, de prouver qu’ils ne sont pas le mouvement violent critiqué par leurs adversaires ? Ou simplement désir de créer la machine politique qui leur permettra enfin de rentrer légalement dans le jeu politique et de conquérir le pouvoir par la voie des urnes ?
Difficile de savoir quels sera l’impact de ce parti : les Frères ne compteraient pas le présenter devant l’organe gouvernemental chargé d’officialiser la création d’un nouveau parti politique.
Ligne dure. Côté gouvernemental on s’en tient toujours à la même ligne. Dans une interview au journal Al Osbou, le président Moubarak affirmait ainsi la semaine dernière que "l'Etat religieux que les Frères musulmans entendent établir en Egypte constitue un danger pour la sécurité nationale du pays. Le courant des Frères musulmans est à l'origine de la fuite des investisseurs, de l'aggravation du chômage et de l'isolement de l'Egypte". Dans la foulée, six membres influents de la confrérie étaient arrêtés.
Dérapages multipliés. Malgré leur volonté de se ranger, les membres du mouvement multiplient les dérapages dans les médias. Le journal Nahdet Misr du 15 janvier dernier affirme ainsi disposer de documents compromettants pour le guide suprême de la confrérie. Une cassette dans laquelle Mahdi Akef explique projeter la création d’un Etat islamiste en Egypte, sur le même modèle que le régime iranien. Le même journal fait également état de déclarations à la télévision d’un haut responsable du mouvement : Mohamed Habib, un proche du guide suprême des frères musulmans. Il aurait affirmé que l’imposition des coptes serait doublée en cas d’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans. Jeudi dernier, toujours dans Nahdet Misr, Mahdi Akef revenait sur les propos de son subordonné et affirmait que la confrérie n’entendait finalement pas créer de parti politique…
Des déclarations contradictoires qui contribuent à brouiller le message de la deuxième force politique égyptienne.
Alif devrait publier dans les jours qui viennent l’interview d’un responsable de l’organisation pour tenter d'apporter des élements d'information complémentaires.

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