Mauvais sang
Le 21-01-2007 par Arnaud Saint Jean
Une sombre affaire de poches de sang non règlementaires bouscule la classe politique et fait vaciller le ministère de la Santé. Implication de députés, faux documents et corruption, l’affaire réunit les ingrédients du scandale politique. Explications.
A sa propre demande, le député Hani Sourour, membre du Comité des politiques du Parti National Démocrate au pouvoir, a été privé cette semaine de son immunité parlementaire. Hani Sourour entend ainsi répondre aux questions des enquêteurs dans l’affaire du "sang contaminé" qui secoue la classe politique depuis maintenant une dizaine de jours. En fait de "sang contaminé", il s’agit de poches destinées à accueillir du sang et que la société Haydelina, propriété du député, fournit aux hôpitaux publics.
Non respect des normes internationales
Depuis mars 2006, entre 200.000 et 300.000 poches auraient été distribuées aux hôpitaux publics égyptiens. D’après les premiers éléments récoltés par la Commission d’enquête du ministère de la Santé, 13% des poches saisies ne répondent pas aux normes internationales. Les dimensions des poches et de leurs tubes sont mises en doute et, plus grave, les produits présents dans les poches auraient détérioré la stérilité du plastique utilisé, le rendant plus sensible aux bactéries. Dans les colonnes du quotidien Daily Star, la directrice du centre national de transfusion sanguine expliquait cette semaine qu’ "il faut être très vigilant, car cela peut donner lieu à des cas de cancer et à des intoxications". Histoire de rassurer tout le monde, le ministère de la Santé a réclamé le retour des poches non utilisées et leur remplacement par des produits conformes. Le problème, c’est que si les chiffres diffèrent, entre 30.000 et 50.000 poches incriminées auraient déjà été utilisées, poussant le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, à faire une sortie officielle, affirmant qu’ "aucun cas d’intoxication lié à ces poches n’a été détecté. Le sang distribué en Egypte est sain". Du côté de l’opposition, on réclame des têtes.
Laxisme inquiétant
L’affaire couvait pourtant depuis plusieurs mois. En août 2005, l’US Food & Drug Association (FDA), l’organisme qui contrôle et régule les produits liés au sang aux Etats-Unis, épinglait la société d’Hani Sourour, pointant que 10% de ses poches ne répondaient pas aux standards internationaux. Six mois plus tard, en mars 2006, le ministère de la Santé passait pourtant commande. A l’époque déjà, le député PND Heidar Boghdadi réclamait des comptes au Parlement sur les produits de la société Haydelina. En vain. Il faudra attendre la multiplication des plaintes, et notamment celles de 21 banques de sang, pour que l’affaire ne soit traitée par le Parlement.
Corruption et infraction à la Constitution
A l’affaire sanitaire se mêle un sérieux embroglio politique. La Constitution égyptienne interdit toute transaction commerciale entre un député et l’Etat. Pourtant, la société d’Hani Sourour aurait signé son contrat après que celui-ci ait été élu à l’Assemblée du Peuple. Un contrat qui s’élèverait à 4 millions de livres (environ 540.000 euros) selon Al Ahram Weekly et qui n’aurait été rendu possible, selon les enquêteurs, que grâce à une fausse autorisation de production de ce type de matériel médical. Cette semaine, les journaux Al Wafd et Nahdet Misr rapportaient que le ministre de la Santé, Hatem Al Gabali, aurait reconnu la complicité de la commission d'examen d'offres de son ministère, avec Hani Sorour, dans le contrat de fourniture de ces poches de sang.

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