Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Nour el Sherif, gardien du phare

Le 14-01-2007 par Arnaud Saint Jean

L’acteur fête cette année ses 40 ans de carrière. Théâtre, mise en scène et plus de 200 films traversés, l’une des dernières icônes égyptiennes nous invite sur son sommet. Rencontre.

Nour el Sherif pourrait être le cauchemar du journaliste pressé : toutes les deux minutes, un admirateur tend fébrilement la main pour saluer la star. Les plus à l’aise tentent quelques phrases et les téméraires sont venus avec leurs appareils photos. A ce rythme saccadé, l’entretien peut s’éterniser. Tant mieux. Parce qu’écouter Nour el Sherif, c’est s’offrir un flash back à travers l’histoire du cinéma égyptien des quarante dernières années.

Nour el sherif

La force de l’acteur est peut-être d’avoir toujours su s’entourer. "Je n’ai accepté que trois rôles commerciaux dans ma vie", lâche-t-il sur un ton de confession presque. En 1967, à peine diplômé de l'Institut Supérieur d'Art dramatique du Caire, le grand cinéaste Hassan Al-Himam (parmi les plus productifs de l’histoire du cinéma égyptien) lui offre un rôle de géant dans une adaptation de la trilogie de Naguib Mahfouz, Le palais des désirs. Ce coup de maître séduit les grands. Atef Al-Tayeb, figure incontournable du cinéma égyptien, lui offrira huit rôles, avant que Youssef Chahine ne lui propose sa propre incarnation dans La mémoire en 1982. Le public est au rendez-vous et le succès ne le quittera plus.

La liberté est sur les planches 

Engagement et succès, un couple pourtant paradoxal en Egypte. "Aujourd’hui, oui, parce que le cinéma égyptien ne propose que du divertissement, c’est tout. Mise à part quelques exceptions comme "L’immeuble Yaccoubian", 95% de la production égyptienne reste du pur commercial." Sa liberté d’expression, Nour el Shérif n’a eu de cesse d’aller la ressourcer sur les planches. Aujourd’hui encore, l’acteur passe inlassablement du grand écran au théâtre, comme pour ne jamais perdre de vue ses fondamentaux. "Moins il y a de public, plus on a de liberté. Aujourd’hui, la télévision est devenue la voix du gouvernement. Le théâtre reste un des rares lieux d’expression. D’ailleurs, en Egypte, il l’a toujours été. A l’époque de Nasser déjà, de nombreuses pièces s’en prenaient au gouvernement. En 1981, je jouais « Diplôme de démocratie » la pièce la plus importante en Egypte à mon avis. Sadate n’a pas apprécié, parce qu’on s’en prenait à lui. Du coup, il a envoyé la moitié des députés vérifier directement dans la salle ! Lui-même n’a pas pu venir : il est mort la même année."

Dernier de son espèce?

Une vraie gueule, des principes jamais reniés et un talent énorme, Nour el Sherif peut se targuer de ressembler à ses propres modèles, Clift Montgomery, Brando, de Niro et Paccino. Un dinosaure, en voie d’extinction ? "Aujourd’hui, ce sera difficile pour un jeune acteur de tant durer. Partout dans le monde, le cinéma répond de plus en plus au modèle fast food : les nouvelles têtes se succèdent et il faut  sans cesse renouveler. Vous avez remarqué comme les films copient eux-mêmes les clips ? Les visages prennent toute la place et ce n’est qu’une succession de plans très serrés."

Adulé par plusieurs générations et déjà assuré de figurer au panthéon des grands Egyptiens, Nour el Sherif n’est pas du genre à se reposer. Depuis 2000, il s’essaie à la mise en scène et reste un observateur attentif des nouvelles générations. "Artistiquement parlant, le contexte n’est peut-être plus idéal, mais les jeunes ont la chance d’être bien plus armés que nous l’étions. Il existe en Egypte un vrai réservoir de talents et j’ai envie de rester optimiste."

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