Latifa Fahmy, mécène des jeunes
Le 14-01-2007 par Arnaud Saint Jean
Pour la 5ème année, le Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC) organise le Festival des Jeunes Créateurs. Jusqu’au 18 janvier, une dizaine de troupes présentent leurs œuvres, adaptations ou créations originales, entre théâtre et danse. Derrière ce projet, on retrouve Latifa Fahmy, responsable du Festival, toute dévouée à la jeunesse créative.
Comment est né le Festival des Jeunes Créateurs ?
Il y a 6 ans j’avais monté un petit festival autour des pièces de Molière, avec 8 troupes qui jouaient en français et en arabe. Ça a bien marché et j’ai compris qu’il y avait une vraie demande de la part du public. J’ai donc eu envie de créer ce festival pour les jeunes. Le CFCC m’a permis de travailler et ça marche très bien, le public est plus nombreux chaque année.
Comment sont sélectionnés les spectacles ?
Chaque année, au mois de juin, un appel à candidature est lancé. Avec un jury, nous allons voir toutes les pièces et on en discute tranquillement. Cette année, nous avions reçu une soixantaine de candidature. C’est moins que les autres années, où l’on enregistrait jusqu’à 100 dossiers. Mais cela ne m’inquiète pas plus que ça. Je pense que c’est surtout un manque de confiance, que les jeunes ont du mal à appréhender l’échec, le refus. A côté, vous avez quand même des troupes qui postulent, inlassablement, depuis déjà cinq ans.
Quelle est la situation de la jeune création artistique en Egypte ?
Les jeunes créateurs que vous verrez ici sont très doués et ils travaillent beaucoup. Mais combien sont-ils en tout … 200 peut-être ? Pourtant, les jeunes d’aujourd’hui ont envie de s’exprimer et je pense que le théâtre leur donne cette chance. Mais ils ont du mal à comprendre que c’est du travail, qu’ils doivent lire, beaucoup, y passer du temps. Vous savez, la culture, ça coûte cher ici : les livres ne sont pas donnés et il faut du temps aussi, c’est un luxe.
Mais l’Egypte offre-t-elle assez de moyens à la création ?
Les structures sont là oui. Au niveau de l’état, il n’y a que l’Académie des Arts, qui regroupe tous les instituts dédiés. Le Ministère égyptien de la Culture a récemment mis en place des ateliers de création. Mais les jeunes ont aussi accès aux centres culturels, comme l’institut espagnol Cervantes, les Allemand de l’Institut Goethe ou l’Université américaine, qui possède quand même trois salles de théâtre. Nous faisons tout ici pour ouvrir les portes de la culture aux jeunes. La plupart des ateliers sont gratuits et quand il se passe des choses à l’extérieur, comme à l’Opéra par exemple, j’essaie toujours d’obtenir quelques invitations pour les jeunes. Mais encore une fois, cela ne concerne que trop peu de jeunes.
Les lauréats du Festival seront invités en Avignon, à l’occasion du grand Festival. A l’image de la France, existe-t-il une vraie tradition théâtrale en Egypte ?
Oui, la tradition est là, il existe un patrimoine théâtral. Malheureusement la télévision égyptienne n’a pas su conserver l’héritage de la belle époque, comme dans les années 60. Dans ce temps là, il y avait peut-être moins de salles et de possibilité, mais tous les jeudis soirs, la télévision diffusait des pièces en noir et blanc. Dans les théâtres, on adaptait les textes de Naguib Mahfouz, les gens se déplaçaient. De nos jours, ça a disparu, c’est dommage.
Le Festival rencontre un joli succès. Ça vous donne des idées, vous avez d’autres projets ?
Je rêve de créer un salon au CFCC. Un vrai salon littéraire, où les écrivains, les poètes de toute origine pourraient se rencontrer, échanger. Chaque mois, par exemple, on organiserait des soirées spéciales, avec des artistes extérieurs. Voilà ce que j’aimerais offrir aux jeunes.
TOUT SAVOIR – 5ème Festival des Jeunes Créateurs. Le jury est présidé par le célèbre acteur, réalisateur et producteur Nour el Sherif et composé du Docteur Nehad Sleha, professeur de drame et de théâtre à l’Académie des Arts et du Docteur Samira Mohsen, professeur de mise en scène et d’interprétation à l’Institut des Arts Dramatiques. Le grand pris de mise en scène et le grand prix d’interprétation seront récompensés par des bourses de stage en Avignon, au moment du célèbre Festival de Théâtre 2007. Retrouvez le programme complet du Festival des Jeunes Créateurs dans notre agenda de la semaine.

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