Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Sayeda Zeinab, laboratoire urbain

Le 14-01-2007 par Guillaume de Dieuleveult

Après des études menées par des architectes et des urbanistes de la ville de Paris, un chantier de pluisieurs millions de livres égyptiennes va être lancé rue Abdel Meguid Laban, au coeur du quartier de Sayeda Zeinab

doc.Ville de Paris/doc.ApurDans les mois qui viennent, la chaussée de la rue Laban va être réaménagée, les trottoirs élargis, des espaces pour le rangement des voitures installés. La rue devrait aussi s’embellir d’arbres, de lampadaires et de bancs. Un chantier de 5 millions de livres égyptiennes financé à 80% par le gouvernorat du Caire et à 20% par l’Association Internationale des Maires Francophones.
C’est un projet de rénovation urbaine qui va donc voir le jour au cœur de ce quartier populaire plus ou moins laissé à l’abandon et dans lequel les demeures mamelouks côtoient les immeubles en béton armé.
Un projet qui n’aurait jamais pu naître sans la volonté politique du gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir associée à celle du maire de Paris, Bertrand Delanoë. En 2001, les deux hommes décident de mettre en place un programme de coopération entre les deux villes. Des techniciens de la ville de Paris sont envoyés sur place, chargés d’élaborer un projet de rénovation urbaine.
Parmi eux, Christiane Blancot, urbaniste française spécialiste de la ville du Caire. "Quand nous sommes arrivés, nous n’avions pas vraiment de commande précise. Nous devions voir ce qu’il était possible de faire en matière de rénovation. Mais Sayeda Zeinab est un quartier de plus de 150 000 personnes… Nous avons donc  décidé de nous concentrer sur une rue." Suivront quatre années de relevés géographiques et de travail de terrain pour comprendre les habitudes des habitants du quartier et proposer des projets qui soient compatibles avec eux.
Un test
Une petite révolution pour l’administration égyptienne, pas vraiment habituée à élaborer des projets en coopération avec la population locale. Après cinq années de travail, Christiane Blancot porte d’ailleurs un regard lucide sur les pratiques des autorités. "Nous avons été confrontés à une administration de contrôle et non de projet. Apporter des méthodes de développement urbain dans une ville où la pratique de l’urbanisme est très faible n’a pas toujours été évident… Il a donc fallu un véritable effort de compréhension de la part des services français et égyptiens pour ce que ce projet puisse être mené à bien. De ce point de vue, notre travail sur la rue Abdel Meguid Al-Laban a été une manière de test."
Un test qui sera bientôt reproduit à une plus grande échelle : les équipes de la ville de Paris ont été chargées, avec un comité de spécialistes égyptiens, de développer un projet sur une zone de 2,5 kilomètre de côté, située au sud de la rue Al-Laban, dans la zone la plus défavorisée du quartier Sayeda Zeinab.
Islamistes
Derrière ces projets émerge la question de la montée de l’islamisme dans les quartiers défavorisés. Les études des sociologues et des urbanistes français révèlent en effet un double mouvement : celui de la disparition progressive de l’Etat des quartiers populaires et son corollaire, l’occupation de ces zones par les organisations islamistes. Des groupes qui offrent des services performants et pullulent dans ces zones où l’Etat Egyptien n’est plus en mesure d’assurer ses fonctions. "Il y a un enjeu fondamental : celui de la reprise en main du Caire par les institutions publiques", assure Christiane Blancot. 


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