Madame la rédactrice
Le 17-12-2006 par Guillaume de Dieuleveult
Farida Naqqache est la nouvelle rédactrice en chef de l’hebdomadaire Al Ahaly, le journal du parti Tagammou (gauche). Son bureau, dans les locaux du journal situés tout près de la place Talaat Harb, est plein de bouquets de fleurs. Elles lui ont été offertes la semaine dernière. Des cadeaux qui marquent l’arrivée de la première femme au poste de rédacteur en chef d’un journal d’informations générales en Egypte.
Alif a voulu savoir quel pouvait être le message d’un journal socialiste qui tire entre quarante et cinquante mille exemplaires par semaine, organe d’un parti de gauche qui ne compte plus que deux députés.
Al Ahaly a été créé en 1978, deux ans après le Tagammou. Depuis, l’URSS s’est effondrée et le modèle libéral est désormais partagé par la majorité des pays de la planète. Votre ligne éditoriale a-t-elle évolué sur cette période ?
Farida Naqqache : Notre ligne éditoriale suit les positions et les points de vue du parti Tagammou. Nous nous intéressons particulièrement aux conséquences des réformes économiques libérales menées depuis juillet 2004 par le gouvernement Nazif. Nous avons aussi un point de vue critique sur la politique sociale du régime égyptien. Notre ligne éditoriale a connu un changement lors de l’effondrement de l’Union Soviétique. Nous avons accepté le fait qu’il y avait encore beaucoup de chemin avant la réalisation d’une société socialiste. Désormais, en tant que socialistes, nous sommes en faveur d’un capitalisme favorable à la croissance de l’Egypte. Et nous nous opposons à l’investissement étranger quand les bénéfices produits ne retournent pas à la société égyptienne, mais repartent vers des entreprises européennes ou américaines. Pour nous, l’économie est complètement liée à la société, elle doit la servir.
Cette période de trente ans a également été marquée par une présence de plus en plus visible de la religion dans la société égyptienne. Quelle est votre position par rapport à cette question ?
Farida Naqqache : Le Tagammou est un parti laïc, même s’il compte des militants religieux. L’essor de la religion a des causes culturelles et sociales : pauvreté, chômage, influence du wahhabisme, immobilité politique… Lors de la bataille du voile (référence aux propos du ministre de la culture Farouk Hosni, contre le port du voile, NDLR) nous avons été quasiment les seuls à critiquer le phénomène.
Etes vous féministe ?
Farrida Naqqache : Oui, mais dans le contexte égyptien, cela signifie autre chose qu’en Europe. Nous pensons que si nous voulons vraiment changer la situation de la femme, c’est toute la société que nous devons changer. Pour cela nous devons mener la bataille de la modernité et de la démocratie. Nous savons qu’un système vraiment démocratique risquerait de porter les Frères Musulmans au pouvoir, ce qui serait catastrophique pour les Égyptiennes. Mais nous défendons malgré tout la démocratie.
Comment a évolué la liberté de la presse ces dernières années ?
Farrida Naqqache : La presse égyptienne rencontre beaucoup de difficultés. Et les choses sont encore plus difficiles pour un journal d’opposition : pas d’argent, des restrictions concernant l’accès aux informations. Ainsi nos journalistes qui suivent les affaires politiques ont beaucoup de mal à obtenir des informations de la part des pouvoirs publics. Ici il n’y a pas de liberté de l’information ni de transparence. Mais je dois reconnaître que la situation s’améliore progressivement.

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