Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Quand l'Egypte se souvient qu'elle dansait

Le 10-12-2006 par Arnaud Saint Jean

Avec le Séminaire International de Danse Orientale, qui s’est ouvert hier au Caire, l'Egypte retrouve l'espace de quelques jours son statut de capitale de la danse orientale.

Dina aujourd'hui, Badia hierOn l’appelle "la diva". Adulée ou détestée, Dina danse bien au-dessus des critiques. Peut-être parce qu’elle danse avant tout pour elle-même. "La danse m’apporte la joie, elle me fait me sentir puissante. Je dois danser, ce n’est même pas un choix."

Cette relation intime de la femme à son corps, pourtant propre aux différentes danses dites orientales, ne survit pas aux fantasmes. Etiquetée sensuelle, séductrice ou malsaine, la danse orientale se voit refuser son essence même. "Les femmes dansent avant tout pour elles, c’est leur façon de vivre la musique. L’image de la danseuse prostituée, que le cinéma égyptien a surexploitée, a fait beaucoup de tord à notre art." Aujourd’hui, les danseuses souffrent d’une image désastreuse, à l’image de ces quelques bars glauques, où subsistent encore quelques pseudos spectacles pour touristes argentés.

Il fut pourtant un temps où le Caire et l’Egypte entière revendiquaient fièrement le titre de capitale de la danse orientale. C’était les années 40 et 50. La danseuse Badia Masabni réinventait le Raqs Sharqi (littéralement "danse de l'Orient"), en transformant cette pratique ancestrale en un spectacle moderne. A grands renforts de paillettes et de décors scintillants, les plus grands noms défilaient sur la scène du Casino Opéra. L’audience coloniale applaudissait et la vague d’orientalisme en Occident appelait déjà ces princesses ondulantes. Depuis, les trajectoires se sont éloignées : en Egypte, le retour à un certain puritanisme social et religieux a banni les danseuses, alors qu’elles n’ont jamais autant séduit l’Europe et les Etats-Unis.

Aujourd’hui, en France, les clubs de danse orientale se comptent par centaines, les sites Internet se multiplient et une presse spécialisée est apparue. Une communauté de vrais amateurs qui, réfutent l’appellation péjorative de "danse du ventre". L’histoire raconte que cette définition un peu primaire serait née de l’étonnement des soldats de Napoléon, quand ils découvrirent les danseuses cairotes. L’anecdote raconte aussi que l’empereur fit exécuter plusieurs centaines de danseuses, pour décourager ses soldats de les fréquenter.  Une appellation qui illustre bien le mépris qu’une certaine frange de la société porte sur la discipline.

Raqs Sharqi

La danse est pourtant intrinsèque à la culture orientale. S’il est difficile de définir les origines précises du Raqs Sharqi, les traditions s’accordent sur son aspect exclusivement féminin : pour préparer le corps à l’accouchement, ou se préparer elles au mariage, les femmes dansaient. Mais elles dansaient pour elles, entre elles, pas pour les hommes. Comme cela se fait aujourd’hui encore, pendant la soirée du henné, à la veille d’un mariage. "On se fait belle, on se maquille et on danse toute la nuit", raconte Fawzia, qui s’étonne presque de la question : "Mais les garçons, ça ne vous manque pas ?" "On les voit tout le reste du temps, tous les jours nous sommes sous leurs regards…Alors ces soirées là, on les apprécie d’autant plus. On s’occupe de nous, que de nous" Dina, elle, se veut lucide et reconnaît qu' "une grande partie du public masculin vient voir d’abord la danseuse, plutôt que la danse."

Le Séminaire International du Caire se veut justement puriste. Pendant 10 jours, des amateurs du monde entier se retrouvent pour échanger leurs techniques, assister à des cours particuliers, écouter des conférences sur le sujet. Une fois la grande réunion close, les danseurs repartiront onduler sur le globe entier. Au Caire, la danse orientale retournera se confiner aux leçons particulières qui n'ont jamais eu autant d'adeptes. Un moyen comme un autre d'assurer l’héritage de cette danse un peu délaissée chez elle, mais qui a su conquérir le monde.

TOUT SAVOIR - Le site officiel du Cairo International Belly Dance Workshop


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