Du cinéma français bientôt à l'affiche en Egypte
Le 10-12-2006 par Arnaud Saint Jean
Dès 2007, les films français devraient être diffusés dans les salles obscures égyptiennes. Derrière ce projet, Alexandre Sorrentino. Rencontre.
Rien n’est encore officialisé et pourtant l’annonce s’inscrivait déjà en grand sur les écrans, pendant le Festival International du Film du Caire : le groupe égyptien Good News pourrait, dès 2007, distribuer les films commerciaux français dans les salles égyptiennes. Une excellente nouvelle pour les francophones et francophiles, mais un sacré pari. Derrière ce projet, on retrouve Alexandre Sorrentino, Attaché Audiovisuel du Centre Français de Culture et de Coopération. Homme de médias, photographe et grand voyageur, cet amoureux de cinéma est sur le point de mettre la France à l’affiche, trois mois seulement après son arrivée au Caire. Rencontre.
Quelle est cette annonce, que l’on a pu lire dans certaines salles, pendant le Festival du Film ? Celle d'un projet simple, mais ambitieux : nous avons la volonté de mettre les films français à l’affiche des salles égyptiennes. Que l’on puisse trouver un "Taxi" ou un "Long dimanche de fiançailles" à côté du dernier Adel Imam ou du nouveau James Bond.
Le marché égyptien est demandeur de films français ? Difficile à dire, d’autant plus que le travail ici est assez difficile : il n’y a pas vraiment de chiffres officiels, pas de box office… et puis malgré les études et les projections, le cinéma est un peu comme la photographie argentique : il reste toujours une certaine part d’inconnu concernant le résultat. En Israël, un film comme "Le peule migrateur", avec seulement 6 copies, a fait plus de 50.000 entrées. C’est énorme, mais c’était imprévisible.
Pour vous, ce n’est pas vraiment une première… J’ai en effet eu le même genre de mission en Israël, où j’étais en poste avant. Et le projet a très bien fonctionné. Dans les pays non européens et non francophones, on peut estimer la présence du cinéma français à 1 ou 2% en moyenne. Le projet lancé en Israël a fait passer ce taux à 15%. L’autre exemple régional est le Liban, où le cinéma français marche vraiment pas mal. Mais attention, ces deux pays n’ont quasiment aucune production nationale. Il faut bien comprendre la spécificité du marché du cinéma égyptien : ici, presque 90% des films sont de production locale, ce qui est une exception dans le monde. En général, quelque soit le pays, on trouve au moins 60 ou 70% de production américaine et le reste se partage. Mais l’Egypte produit énormément, depuis toujours. Avec Hollywood et Bollywood, le Caire a toujours été l’un des plus gros producteurs mondiaux.
Quel est votre rôle au sein de ce projet ? Je suis là pour épauler pas à pas la société Good News, qui s’est saisie du projet. L’aider à trouver les bons interlocuteurs, ou les subventions disponibles en France pour les distributeurs étrangers. Par exemple, jusqu’à présent, les droits des films français dans la région Moyen Orient sont vendus aux Libanais. Ce sont eux ensuite qui négocient avec les distributeurs des autres pays. Un de mes objectifs est de sortir l’Egypte du "package Moyen Oriental", pour en faire un marché spécifique et que les négociations se fassent directement entre la France et les Egyptiens.
Vous avez des objectifs chiffrés? Plus que des chiffres, l'objectif est d'assurer une vraie visibilité aux productions françaises. Pour cela, il faudra peut-être sortir de cette image d'un cinéma français très intello, qui fait surtout du cinéma dit "d'auteur". On peut montrer qu'il existe un autre cinéma français. L’idée ne doit surtout pas être de sortir des films pour faire plaisir aux Français qui vivent en Egypte, sinon c’est le bide assuré. Diffuser un film à l’étranger, c’est au moins 40 000 dollars investis. Les distributeurs ne peuvent pas vraiment se permettre une erreur.
Good News Group, le Warner d’Egypte
Créé en 1987, le groupe Good News est aujourd’hui un géant de l’audiovisuel égyptien. Le groupe possède deux des radios les plus populaires du pays, plusieurs salles de cinéma et quelques uns des journaux les plus lus dans la région. Dans une interview publiée par lefilmfrançais.com, le directeur de Good News, Adel Adeeb, expliquait : "nous développons Good News Group au Moyen-Orient sur le modèle de Time Warner en Occident".
Active depuis 2003 seulement, la branche cinéma du groupe (Good News for Film and Music) commence très fort, avec deux des plus grosses productions égyptiennes de tous les temps : "L’immeuble Yaccoubian" et "Halim". Le pari est gagnant, le succès est énorme et ces deux films dépassent les frontières égyptiennes. Conforté dans son ambition, le groupe peut enchaîner les gros projets et prépare actuellement une nouvelle super production : "Mohammed Ali", qui racontera l’histoire du père de l’Egypte moderne. Un autre projet en cours devrait aborder un sujet plus délicat : Al Qaeda…
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