Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Les Indigènes en Egypte

Le 03-12-2006 par Arnaud Saint Jean

"Indigènes" de Rachid Bouchareb est à l’affiche du Festival International du Film du Caire. A la tête de ces soldats oubliés, Bernard Blancan est le sergent Martinez. Rencontre.

Bernard Blancan - MArtinez dans "Indigènes"

Son personnage crève l’écran : l’homme renie une mère arabe, se montre extrêmement dur avec ses "indigènes", mais reste le premier à plaider leur cause auprès de la hiérarchie. Rencontre avec Bernard Blancan, interprète magistral de ce Martinez, symbole d'une France mal à l’aise avec son histoire.

Comment avez-vous appréhendé le personnage de Martinez, qui est quand même assez complexe ? D’abord, le personnage était très bien écrit dans le scénario. J’avais à jouer chaque séquence dans la motivation de l’action, en sachant que les séquences mises bout à bout donneraient elles-mêmes la complexité au personnage. Ce n’était donc pas à moi de jouer cette complexité. Pour l’inspiration, ça n’a pas été très compliqué. Vous savez, on connaît tous, ou on a tous connu un jour ces néo colonialistes qui vivent en Afrique et qui, mine de rien, même s’ils soutiennent qu’ils ne sont pas racistes, vivent un certain sentiment de supériorité, très paternaliste… Des Martinez, il y en a plein en France.

Quel regard posez-vous sur l'homme Martinez? Le même que sur la France, qui s’est construite ces 60 dernières années en niant qu’elle a été libérée grâce à ses armées d’Afrique. Martinez souffre de ce secret et il mourra avec. Finalement, seul Saïd (Djamel Debouze) le découvrira. Il en résulte des individus un peu tordus, complexes.

En dehors du contexte propre à l’histoire de France, qu’est-ce qu’un film comme "Indigènes" peut apporter à d’autres pays, comme l’Egypte par exemple ? Un des effets de la mondialisation, c’est que les gens bougent beaucoup. On va vers un monde de plus en plus métissé et les questions identitaires se multiplient, c’est dans la logique des choses. Et ce film, qui aborde clairement la question identitaire, peut aider d’autres peuples à appréhender différemment leurs identités multiples, se reconsidérer en-dehors d’images dépassées. Je ne connais pas du tout l’Egypte, mais le peu que j’en ai vu me laisse deviner une ville du Caire très mélangée aussi.

L’aspect revendicateur du film et ses conséquences politiques en France, c’est quelque chose à laquelle on pense sur le tournage ? On y pense forcément. Pour moi, il y a trois niveaux importants. D’abord, cette image d’un arabe sous le drapeau français… cruciale pour ces questions d’identité justement. Ensuite, ce pan entier de l’Histoire qui a été oublié et que l’on remet en scène. Enfin, ce scandale que les anciens combattants d’Afrique n’aient pas touché, jusqu’à cette année, les mêmes pensions que les combattants dits "français". Tout ça fait qu’on y pensait tous les jours, oui. Entre acteurs, après chaque journée, on faisait des réunions et on ne pouvait pas s’empêcher de parler politique

C’est le message politique du film qui vous a fait accepter le rôle ? A vrai dire, le rôle m’a effrayé au départ. Parce que c’est un rôle d’autorité et moi je suis plus habitué à des personnages lunaires, limite burlesques. Mais là, endosser un rôle d’autorité, alors que je ne le suis pas… enfin, jusqu’à présent je n’avais pas cette vision de moi

Le film vous l’a révélée ?
Oui, le travail sur le film m’a fait assumer cette chose qui me paraissait impossible avant. Comme quoi, on continue d'apprendre à n’importe quel âge !

TOUT SAVOIR
Le tournage, les histoires, les photos et les interviews dans un dossier très complet

Retrouvez la programmation du Festival International du Film du Caire dans notre agenda

Un film pour réparer l'injustice

Affiche IndigènesIndigènes. Film de Rachid Bouchareb, avec Jamel Debouze, Samy Nacéri, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan. Durée : 2h08.

Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2006, attribué collectivement aux 5 acteurs principaux.

1943 - Ils n’avaient encore jamais foulé le sol français, mais parce que c’est la guerre, Saïd, Abdelkader, Massoud et Yassir vont s’engager comme 130 000 autres "indigènes" dans l’armée française pour libérer "la mère patrie" de l’ennemi nazi. Ces héros que l’Histoire a oubliés vaincront en Italie, en Provence et dans les Vosges, avant de se retrouver seuls à défendre un village alsacien contre un bataillon allemand.

2006 - Il aura donc fallu attendre une projection privée à l’Elysée, pour que le président Chirac décide enfin de réparer une injustice historique. Depuis 1959 et l’indépendance des Etats africains, les pensions des anciens combattants "indigènes" étaient gelées à leur niveau de 1959. Près de 80 000 vétérans, âgés de plus de 65 ans, sont concernés dans 23 pays : 40 000 vivent en Algérie et au Maroc, 15 000 en Afrique noire, en particulier au Sénégal et au Tchad. La facture de 15 millions d’euros n’était pas budgétisée pour 2006, mais une nouvelle loi a été validée en octobre et la réparation acceptée.


Commentaires

Ahmed@yahoo.com

Bravo à toute l'équipe du film, qui en plus d'un beau film a su réhabiliter des héros oubliés de l'histoire de France

fatifleur_36_53@hotmail.fr

félicitations pour JAMEL DEBOUZE personnellement et à tout le reste de l'équipe du film puisque je suis une marocaine alors je suis très fière d'eux vraiment c un beau film qui nous a rappellé de tous les anciens combattants qui ont aidés pour que la france soit indépendante de but que la france a pris en considération tous ses "INDIGENES" . c'est super et nous avons besoin de voir autres films véridiques , vous méritez d'avoir le premier prix . bravo les marocains .et aussi je tiens a remercier le journaliste Arnaud Saint Jean d'avoir s'intérresser au cinéma et surtout de ce qui est marocain et aussi de l'avoir publier . c fati


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