Numéro 85, semaine du dimanche 14 décembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Les cheveux de la discorde

Le 03-12-2006 par Arnaud Saint Jean

Un Français a été interpellé par la police, près de Grenoble, après avoir mis en vente sur Internet des mèches de cheveux qui auraient appartenu à Ramsès II. Sous l’anecdote cette affaire déterre l’obscur dossier du pillage en Egypte.

"Je vends une mèche de cheveux ayant appartenu à Ramsès II. Je suis le seul à les détenir, et comme il n'y aura plus jamais aucun prélèvement sur la momie qui est désormais au Caire, la somme demandée pour les acquérir est en relation avec la rareté de l'objet : de 2500 à 4000 euros".

Momie de Ramses IICette annonce aux allures de plaisanterie date de juin 2006. Photos à l’appui, un français d'une cinquantaine d'années offre sur son blog un drôle de lot : quelques mèches de cheveux, des bandelettes et quelques extraits de résine d'embaumement. Le tout aurait été prélevé entre 1976 et 1977 sur la momie de Ramses II. Cette année là, la momie est envoyée en France pour traitement spécial : après des millénaires d’isolement sous la pierre, la dépouille du pharaon se dégrade et menace de disparaître. A Grenoble, une équipe du Centre d'Etudes Nucléaire procède à des analyses sur les cheveux de la momie. Le cyber vendeur se présente comme le fils d’un de ces scientifiques : "voilà la raison pour laquelle je détiens toujours plusieurs échantillons de cheveux, de résine d'embaumement et de bandelettes de la momie de Ramsès II", explique-t-il.

 

Mais l'affaire n'éclate au grand jour qu'en début de semaine passée, quand l'annonce est cette fois publiée sur un site de vente sur internet. D’après une lettre de l’ambassadeur français en Egypte, Philippe Coste, ce sont les autorités françaises au Caire qui ont alerté la France. Depuis, le vendeur a été interrogé et remis en liberté, en attente d’une décision de justice. L’enquête en cours devrait révéler comment ces échantillons ont pu échapper aux scientifiques de l’époque, qui étaient systématiquement accompagnés d’une délégation égyptienne. Les enquêteurs diront surtout s’il s’agit vraiment de cheveux pharaoniques.

Avant même ces conclusions, le ton est vite monté côté égyptien. Zahi Haouass, le puissant patron des Antiquités égyptiennes, a tenu la France pour "directement responsable". Par voie officielle, la France a assuré l’Egypte de son "total soutien" et le Musée d’Histoire Naturelle de Paris a porté plainte contre le vendeur. Apparemment hébété, celui-ci s'est déjà excusé auprès des autorités égyptiennes : "si j'avais su que je créerais un incident diplomatique, je ne l'aurais jamais fait". En cas d'authentification des cheveux, la France s'est déjà engagée à les renvoyer au Caire.

Pillage global

Authentique ou pas, cette affaire devrait conforter ceux qui, en Egypte, réclament le retour au Caire de certaines pièces exposées dans les plus grands musées européens. En tête de liste desquelles trône la pierre de Rosette, exposée à Londres depuis 1802, et toujours revendiquée par l'Autorité égyptienne des Antiquités. En 2003, le British Museum avait refusé de prêter la pierre à l'Egypte, par peur de "décevoir les quelques cinq millions de visiteurs annuels" du musée. Un autre exemple emblématique est celui du Zodiaque de Denderah, un bas-relief arraché à un temple de la déesse Hathor, lors de l'expédition de Napoléon. Exposée depuis au musée du Louvre, cette pièce est régulièrement revendiquée par l’Egypte. Sans succès. "Un des plus célèbres cas de pillage en Egypte", écrivait Zahi Haouass dans une lettre adressée à l’Unesco.

Difficile, voire impossible de chiffrer les pièces arrachées à l’histoire pharaonique. Tout bon musée occidental se doit d’en posséder. Dans un entretien en octobre, Yasser Mansour, coordinateur général du Grand Museum of Egypt, nous expliquait l’existence de missions de récupération : des spécialistes égyptiens feraient la tournée des musées du monde pour recenser les pièces à récupérer. De Paris à Boston, les Pharaons auront même réussi à traverser les océans.


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