Contre le Sida: Chrétiens et Musulmans, même combat
Le 03-12-2006 par Guillaume de Dieuleveult
Pour lutter contre le Sida, tous les moyens sont bons. C’est en partant de ce constat que le Pnud a décidé de convier religieux Chrétiens et Musulmans des pays arabes à participer à la lutte. Le réseau Chahama, lancé en novembre au Caire, regroupe des responsables religieux de vingt pays arabes. Leur mission : parler de la maladie, sans tabou.
Le sheykh Sayed est l’imam de la mosquée Salah ed Din, sur l’île de Manial. Le père Boulos Sorour est le curé de l’église Mar Guirguis, à Shobra. Prêtre orthodoxe et imam, ils travaillent ensemble pour sensibiliser les populations au Sida. Le discours des deux religieux va dans la même direction : déculpabiliser les malades, apprendre à éviter les comportements à risque. L’un se fonde sur le Coran, l’autre sur la Bible.
Le sheykh Sayed et le père Boulos sont les deux responsable en Egypte de Chahama. Un réseau qui s’étend sur 20 pays arabes et qui regroupe des responsables religieux, Chrétiens et Musulmans. Objectif : sensibiliser et informer les populations aux risques de contagion du Sida. Faire tomber les tabous aussi, et le mur de honte et de silence qui emprisonnent les malades du Sida dans les pays arabes.
Chahama est né le 9 novembre dernier au Caire lors du "second forum régional des leaders religieux en réponse au Sida dans les Etats Arabes", sous les auspices de Harpas, un programme régional de lutte contre le Sida. Harpas est géré par le Programme des Nations Unies pour le Développement (le Pnud).
À l’origine de ce projet, une femme, Khadija Moalla, coordinatrice régionale pour le Pnud, "Cette idée est née de ma conviction que les leaders religieux doivent être avec nous dans la lutte contre le Sida, en raison de leur influence sur les populations dans les pays arabes. Je crois que c’est la première fois que des religieux Musulmans et Chrétiens se réunissent pour parler d’une question de développement au lieu de théologie. Et ils se découvrent beaucoup de points communs."
« D’autres moyens préventifs »
Le projet a été lancé en septembre 2002. Deux ans plus tard était ratifiée la déclaration du Caire. Parmi les signataires, le sheikh Sayed Tantawi, l’imam d’Al Azhar et le Pape Chenouda III, les deux principales figures religieuses en Egypte. Les religieux y rappellent que "l’abstention et la fidélité sont les deux piliers de (leur) stratégie préventive." Avant d’affirmer la "compréhension concernant l’appel du corps médical (…) à l’utilisation d’autres moyens préventifs afin d’éviter tout préjudice aux autres et à soi-même." Une allusion à peine cachée au préservatif.
Avancée saluée par Khadija Moalla qui ajoute que : "les religieux réitèrent ce conseil lorsqu’il s’agit de défendre le droit de la femme à se faire protéger". Avant de préciser que, dans les pays arabes, quatre cinquième des femmes contaminées par le Sida le seraient dans le cadre de relations conjugales.
Depuis la signature de la déclaration du Caire, des ateliers de formation ont eu lieu dans les 20 pays du réseau. L’objectif était de former prêtres et imams à la connaissance de la maladie pour qu’à leur tour, ils instruisent les autres religieux. En Lybie par exemple, 100 imams ont été formés dans un premier temps. Ils ont ensuite relayé le message à 1500 autres religieux Musulmans. À leur tour maintenant d’instruire les fidèles, pour que l’ignorance recule.
EN SAVOIR PLUS - Le site de Harpas
Le silence des gouvernements
S'il est encore tôt pour savoir si Chahama sera un vrai succès, on sait déjà que l'opération masque une défaite. Celle des gouvernements arabes qui n’ont pas su ou n’ont pas voulu regarder les choses en face. L’épidémie de Sida reste un énorme tabou dans les pays arabes. Presque impossible d’obtenir des statistiques fiables sur le sujet. Mais les chiffres disponibles font froid dans le dos. Conflits, pauvreté, manque d’éducation et d’information, mobilité des populations, jeunesse, inégalité entre les sexes… Les pays arabes accumulent les facteurs propices à l’étendue de l’épidémie.
Selon le "British Medical Journal", une nouvelle infection au VIH arrive toutes les 20 minutes dans le monde arabe. Ce qui porterait à 210 000 les nouveaux cas d’infections en 2006 dans la région. Certes c'est beaucoup moins que dans les pays d'Afrique subsaharienne: 2,8 millions d'infections en 2006, plus de la moitié des 4,3 millions de nouvelles infections dans le monde. Mais d’après des projections de la banque Mondiale, d’ici 2015, 15% de la population des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord pourrait être infectée.

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