Numéro 81, semaine du dimanche 16 novembre 2008

le magazine francophone d'Egypte


Peut-on encore parler d'une classe moyenne en Egypte?

Le 26-11-2006 par Guillaume de Dieuleveult

D’un côté la pauvreté et un avenir bouché, de l’autre une débauche de richesse. La place entre ces deux extrêmes se réduit-elle comme peau de chagrin dans la société égyptienne ?

Des éléments indiquent que la classe moyenne est encore présente en Egypte. Un exemple : la réussite de la chaîne d’hypermarchés Carrefour. Significative car la grande distribution cible généralement les ménages qui sont "pas assez riches pour être pauvres, pas assez pauvres pour être riches."
Alif a cherché confirmation auprès de Galal Amin. Professeur d’économie à l’Université Américaine du Caire, il a publié "whatever happened to the Egyptians ?". Deux livres dans lesquels il brosse les évolutions de la société égyptienne depuis les années cinquante (références à la fin).

Galal Amin

Peut-on encore parler d’une classe moyenne en Egypte ?
Galal Amin : Bien sûr que oui ! Dans mon livre, je défends l’idée qu’entre 1955 et 1990, la classe moyenne a plus que doublé en Egypte. À propos des quinze dernières années, je ne partage pas le point de vue selon lequel la classe moyenne a disparu. Son pourcentage est au moins constant dans la société Egyptienne. Ce qui a changé, ce sont ses caractéristiques.

Quels sont justement les critères qui vous permettent d’affirmer que la classe moyenne est toujours fortement présente en Egypte ?
Galal Amin : Selon moi le premier critère est l’espoir. Est ce qu’une famille a encore l’espoir d’augmenter son revenu, de grimper les échelons ? Si oui, alors je la range dans la catégorie "classe moyenne". Quant aux revenus des ménages, on ne peut pas nier qu’ils aient baissé. Je pense que la classe moyenne égyptienne se divise en deux parties : celle du bas et celle du haut. La classe moyenne du bas gagne entre 800 et 2000 livres par mois (entre 100 et 300 euros, NDLR). Quant à la classe moyenne du haut, on peut la définir comme ceux qui ne font pas partie des 5% de très très riches égyptiens.
Trouvez-vous des points communs entre les classes moyennes égyptienne et française ?
Galal Amin : Non, c’est très différent. Je crois que même les critères que nous devons utiliser pour classifier et observer la société ne sont pas les mêmes. La société française, malgré tous ses bouleversements, demeure bien plus stable. Elle n’est pas autant influencée par des facteurs externes qu’en Egypte. Par exemple la télévision et les chaînes satellitaires jouent un rôle immense dans la société égyptienne. Elles affectent bien plus les aspirations des Egyptiens que des Français. Le seul point commun finalement, c’est que ces gens se situent entre deux classes.
Vous parlez aussi d’espoir, cela signifie que selon vous l’ascenseur social fonctionne encore en Egypte ?
Galal Amin : Oui, dans un certain sens: les Egyptiens qui viennent des couches basses de la société peuvent grimper un échelon et accéder au bas de la classe moyenne. L’école fonctionne encore assez correctement pour assurer cette promotion sociale. La vraie barrière est entre le bas et le haut de la classe moyenne. Cette barrière-là, les gens ne peuvent pas la franchir. Du coup la classe moyenne basse est de plus en plus nombreuse. Elle voit les portes se fermer les unes après les autres. Ce qui augmente sa frustration. Si les hommes politiques ne font rien pour arranger le sort de ces gens, la situation risque de devenir explosive.

Lire
"Whatever Happened to the Egyptians ?"
(2000) et "Whatever else happened to the  Egyptians ?" (2004) publiés aux presses de l’Université Américaine du Caire.
En vente
A la librairie de l’Université Américaine du Caire, 113 rue Qasr al-Aini, tel 02 794-2969.
Et à la librairie Al Diwan, 159 rue du 26 juillet, Zamalek. Tel : 02 7362578.
75 livres.


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