Malgré les réformes, le divorce avantage toujours les hommes
Le 26-11-2006 par Arnaud Saint Jean
Ces dernières années, les réformes du divorce se sont multipliées. Mais insuffisantes, mal appliquées ou inadaptées, les nouvelles dispositions marginalisent toujours la femme, éternelle grande perdante de la rupture.
Jusqu’en 2000, une égyptienne qui voulait divorcer n’avait pas vraiment le choix : il lui fallait engager une procédure légale de "divorce pour faute" qui, faute au sous-effectif judiciaire et aux lourdeurs administratives, pouvait s’étendre sur une dizaine d’années. Restait encore à convaincre le juge. Jusqu’au verdict, la femme ne pouvait donc pas se remarier, à l’inverse de son époux. Dans le même temps, l’homme pouvait réclamer le retour de sa femme au sein du domicile et, en cas de refus, celle-ci perdait ses droits. L’homme qui, pour divorcer, n’a qu’à aller trouver le zun (officier d’état civil) et lui déclarer qu’il répudie sa femme.
En finir plus vite
"En Egypte, le divorce est une guerre et les cas de règlement à l’amiable sont infimes", constate Nathalie Bernard Maugiron, juriste à l’Institut pour la Recherche et le Développement (IRD) du Caire. Sous l’impulsion des associations de défense des Droits de la Femme, une petite révolution a lieu en 2000 : le divorce "sans faute" (dit khola) est créé. "Pour la première fois, la femme peut obtenir automatiquement le divorce, sans avoir à fournir de raison", explique la juriste. Mais dans ce cas, la femme divorcée perd nombre de ses droits : la pension alimentaire prévue la première année de divorce est supprimée et elle doit, en plus, rembourser la dot reçue au moment du mariage. Devant ces sacrifices consentis, beaucoup critiquent cette procédure qui ne profiterait qu’aux femmes aisées. "Mais on remarque que les femmes se débrouillent. Aussi parce que la dot est généralement sous évaluée dans le contrat de mariage, pour éviter les taxes. Et puis les pensions alimentaires ne sont de toute façon que très rarement payées", tempère Mme Bernard Maugiron. "Alors, quitte à faire une croix sur les pensions, autant se débarrasser plus rapidement du mari, non ?"
Le poids de la société, toujours
C’est exactement dans cet état d’esprit que Dunia a choisi la procédure du "divorce sans faute". Cette cairote de 23 ans est en instance de divorce depuis déjà huit mois. Le fait que son (futur) ex-mari réside à l’étranger ne facilite pas l’avancée du dossier, mais elle persiste dans son choix : "avant, j’aurais du attendre la permission de mon mari pour pouvoir le quitter. Ces temps là sont finis. La pension alimentaire ? Je travaille, je me finance seule." Dunia reconnaît quand même sa chance d’être soutenue par sa famille. "S’ils l’avaient pu, mes parents auraient même demandé mon divorce avant", s’amuse-t-elle. Il n’empêche que ce cas de figure reste exceptionnel. Nathalie Bernard Maugiron explique que si les femmes rechignent encore à demander le divorce "c’est parce que pour les familles, une fille divorcée signifie qu’elle redevient à leur charge. Et puis socialement, le divorce reste très mal vu dans la société égyptienne."
Depuis la réforme de 2000, l’Egypte n’a d’ailleurs pas assisté au raz-de-marée de divorces que redoutaient les opposants au projet. Pourtant, ce nouveau système est un succès : une étude menée par une ONG de Droits de la Femme révèle qu’en deux ans, le divorce khola est devenu la principale forme de divorce choisie par les femmes. "Réformer le divorce, c’est bien, mais encore faut-il que les femmes le sachent", regrette la juriste. Avant de se faire un peu plus optimiste : "le divorce est toujours inégal, mais il l’est moins."
EN SAVOIR PLUS
Consultez le rapport de Human Rights Watch sur l’inégalité du divorce en Egypte.

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