Wael Abbas, cyberactiviste
Le 19-11-2006 par Guillaume de Dieuleveult
Des femmes victimes de harcèlement sexuel dans le centre du Caire. C’est arrivé à la fin du Ramadan et cela fait scandale au Caire. L’information est niée par les autorités. Elle a été révélée par des bloggeurs égyptiens. Rencontre avec Wael Abbas, journaliste et bloggeur, qui a publié les images.
Pas facile de rentrer dans le blog de Wael Abbas la semaine dernière. Le journal en ligne de cet Égyptien de 32 ans était saturé de visiteurs. Curiosité ou voyeurisme ? C’est en tout cas un parfum de scandale qui a attiré cet afflux d'internautes : le journaliste y a posté des images de violences sexuelles dont des jeunes filles auraient été victimes dans le centre du Caire, lors de la fête de l’Eïd al Fitr, qui marque la fin du mois de Ramadan. Depuis, il dit être sous la pression des autorités et craint de se faire arrêter pour avoir "répandu des mauvaises rumeurs".
Le ministère égyptien de l’Intérieur nie en effet que ces violences sexuelles aient eu lieu. "Les journaux officiels s’en sont pris à moi et aux autres bloggeurs qui ont couvert ces violences, raconte Wael. On a dit que des mesures allaient être prises contre nous. C’est pourquoi j’ai eu peur ces derniers jours." Tout a commencé lorsque des bloggeurs ont dénoncé ces violences sur leurs sites. "J’avais bien quelques photos, mais je pensais que ça ne servirait à rien de les mettre en ligne. Mes amis m’ont demandé de les publier. Je l’ai fait finalement."
Manifestation réprimée
Surfant sur la vague d’indignation que cette affaire de harcèlement sexuel en pleine rue a soulevé en Egypte, des organisations d'opposition comme Kefaya (Ca suffit) tentent depuis deux semaines d’organiser un mouvement populaire pour protester contre ces violences. Une manifestation devait avoir lieu mardi dernier rue Talaat Harb, dans le centre ville. Elle a été empêchée par un puissant déploiement de policiers.
Une pression policière face à laquelle Internet s’impose toujours comme un espace de liberté. Wael est journaliste depuis quatre ans. Il a d’abord collaboré à des journaux égyptiens qu’il a fini par quitter "parce qu’ils étaient contrôlés par le gouvernement et à cause de l’autocensure des journalistes". Il travaille désormais pour la DPA (Deutsche Presse-Agentur, une agence de presse allemande). Il y a deux ans, Wael a décidé de créer un blog en arabe "pour couvrir l’activité politique et sociale qui a émergé dans les rues égyptiennes. Je voulais fournir aux Egyptiens une information à laquelle ils n’ont pas accès dans les médias les plus influents, que ce soit la télévision ou les journaux, qu’ils soient officiels ou non. Je ne milite pas pour un parti, mais je crois dans des valeurs comme la démocratie, les droits de l’homme… et je couvre les organisations qui vont dans ce sens."
RSF épingle l'Egypte
Comme celui de Wael, les blogs militants ont fleuri en Egypte depuis quelques années. Pour le plus grand déplaisir des autorités. Selon l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF), "trois blogueurs ont été arrêtés en juin 2006, et emprisonnés pendant près de deux mois, pour s’être exprimés en faveur de réformes démocratiques dans le pays. D’autres sont victimes de harcèlement, comme la blogueuse copte Hala Helmi Botros, forcée en août de fermer sa publication sous la pression de la police." RSF note qu’un tribunal administratif égyptien a récemment autorisé la fermeture d’un site si celui-ci représente une menace pour la "sécurité nationale". Kareem Amer, un autre bloggeur, a été arrêté il y a quinze jours. Des décisions qui ont poussé RSF à intégrer l’Egypte dans le club des treize "ennemis d’Internet".
EN SAVOIR PLUS
Le blog de Waël Abbas: www.misrdigital.com
Le site de RSF : www.rsf.org
Ecouter/Voir
Télécharger le fichier : Interview de Wael Abbas doublé en français
Télécharger la version originale en anglais: Interview de Wael Abbas

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